Les grands parents dans la famille

Selon l’Insee, l’âge moyen des nouveaux grands-parents en France est de 53 ans. Un âge où les hommes et les femmes sont encore en pleine activité dans une société où les injonctions à rester jeune ou en forme sont très présentes loin de l’image de mamie et papi au coin du feu. Si ce moment caractérise un passage de relai entre génération et donc le fait de vieillir, l’accession à la grand parentalité est source de bonheur et d’épanouissement pour une part très importante des grands-parents (94% selon une enquête IFOP/Notre temps de juin 2021). Les grands parents jouent souvent un rôle important dans la famille. Ils sont à la fois un renfort pour les enfants (garde récurrente ou ponctuelle), ils ont une fonction de transmission pour les petits enfants et un repère affectif qui unit la famille. Devenir grand-parent redistribue les places au sein de la famille. Quelle place occupent les grands-parents dans la famille ? Quelles sont les attentes des enfants et des grands parents ? Qu’est-ce que la grand-parentalité ?

Pivot de l’entraide familiale

L’ enquête IFOP/Notre temps montre que 64 % des grands-parents accueillent chez eux leurs petits-enfants au moins deux semaines pendant les vacances scolaires. L’investissement des grands parents se mesure à la fois en temps passé et en terme financier. Un certain nombre de changements socio-économiques justifie que les grands-parents occupent une place de plus en plus grande au sein des familles. Le travail du couple, le manque de structures type crèche, le coût de la garde à domicile, l’augmentation des divorces, l’allongement de la durée de vie favorisent la solidarité intergénérationnelle. Lorsque parents et grands-parents ont la chance d’être proches d’un point de vue aussi bien géographique qu’affectif, il devient plus simple de mettre en place des rendez-vous récurrents, de faire appel pour des imprévus. 

Une présence sans la responsabilité éducative

Avant d’être grands-parents, ils ont été parents ! Ils ont éduqué leurs enfant mais en se détachant du quotidien, les grands-parents peuvent se dissocier du rôle éducatif des parents. Ils ressentent bien moins de stress que les parents, ils sont donc plus patients car ils n’ont pas à gérer le quotidien et ont plus de recul lié à l’expérience. Ils ont le beau rôle et peuvent jouer les transgresseurs en accordant des faveurs aux petits-enfants (se coucher tard, regarder la télé, etc.).  Ils font figure d’autorité tout en incarnant douceur et réconfort pour leurs petits-enfants.

La tolérance des parents envers les entorses faites au projet éducatif provient du fait que cette garde est exceptionnelle, limitée dans le temps. Elle créée donc un espace particulier dans lesquels les grands-parents s’immiscent et tentent de développer le lien intergénérationnel avec la caution des parents.

L’idée sous-jacente est que la grand-parentalité est un espace de liberté et non de contraintes. Ce refus du rôle éducatif correspond à la volonté (consciente ou inconsciente) de définir des places et des rôles clairs au sein de la famille et de la lignée : l’autorité reste au parent et le grand-parent n’est donc pas un parent au-dessus du parent.

Transmettre : témoignage d’Evelyne L, mamie de 5 petits enfants de 2 à 10 ans

«  Je suis une mamie à distance, mes fils habitent à plus de 300 kilomètres, l’un en Bretagne qui a 3 enfants et l’autre dans le Sud-Ouest qui a 2 enfants. Ce n’est pas une relation de proximité mais je m’occupe de mes petits enfants pendant les vacances scolaires soit chez moi, j’habite sur la côte vendéenne, ou chez eux. Pendant les vacances d’été, je reçois presque systématiquement les trois aînées 10, 8 et 7 ans. Avant leur arrivée, j’anticipe et je me renseigne sur les possibilités d’activités. Mes petites filles vivent toutes au bord de la mer, donc ce n’est pas leur première préoccupation quand elles viennent à la maison. Elles préfèrent faire autre chose donc j’apporte le fruit de mes recherches trouvées sur les applis des mairies, à l’office du tourisme, ou dans le journal, et nous faisons le choix ensemble. Nous faisons surtout des activités gratuites et quelques fois des activités payantes par exemple un escape game. Nous allons ramasser des pommes de pin qu’elle vont peindre, elles vont dessiner, faire des balades au bord de la mer, pique-niquer. Elles passent aussi beaucoup de temps dans la cabane du jardin ».

« Mon envie est de leur transmettre mon histoire et celle de ma mère. Je suis de la génération post  68, j’ai grandi pendant les 30 glorieuses, période ou l’émancipation de la femme a été capitale. Ma mère a eu 4 enfants et je suis l’ainée. Beaucoup de jeunes femmes d’aujourd’hui, ne s’imaginent pas ce qu’était la vie des femmes avant la pilule. Ma mère m’a incité à faire des études, à être indépendante, à choisir et j’ai envie de transmettre à mes petites filles ces histoires de femmes et de les maintenir en éveil sur ce sujet de l’émancipation. J’ai commencé à écrire mon histoire dans le but de leur laisser une trace de nos racines familiales. Le roman familial qui s’inscrit dans la grande histoire, j’ai un oncle qui a été déporté, ma mère est partie en exode de Paris. Je pense que c’est notre rôle de grands parents d’expliquer le chemin d’où on vient, c’est l’ancrage. Ma grand mère m’a beaucoup raconté et elle a beaucoup compté pour moi ».

« Mes petites filles me font découvrir des choses, par exemple elles m’ont montré sur You Tube des patrons de vêtements pour leurs Barbie, ensuite on les a fabriqués ensemble. Elle m’apporte le fait de me bousculer ».

« Les relations avec les petits enfants sont faciles car on est délesté du processus éducatif. Ce n’est que du bonheur, de la création de souvenir, on n’a pas cette responsabilité éducative. Ce qui peut être compliqué, c’est de trouver la juste place par rapport à nos enfants, et par rapport à leurs choix éducatifs qui ne sont pas les nôtres, il faut être humble quand on est grands parents, ni être trop présents ni trop distants. Le fait d’être à distance, fait que je me rends disponible et mes petits enfants sont contents de venir. La relation est plus simple quand les parents ne sont pas là. Entre les règles des parents et la vie chez nous, j’adapte. De pas de télé du tout, je donne la liberté de regarder un nombre de dessins animés et je regarde des films avec elles ».

La responsabilité de la transmission

Les grands-parents transmettent également leur histoire, leur vécu, leur expérience. Raconter  son histoire, c’est s’inscrire dans le temps, apprendre d’où on vient, de quel milieu, ce que les générations qui les ont précédé, ont traversé comme épreuves ou connu comme évolutions de la société. Cela leur donne des clés pour mieux comprendre le monde et offre une autre lecture que celle proposée par leurs parents. Les grands parents les enracinent dans un héritage historique et moral en même temps qu’ils les ouvrent à un art de vivre au présent. Ils replacent la famille dans une généalogie. Le grand parent est le parent du parent, c’est l’apprentissage de la transmission, celle de l’histoire familiale, de valeurs, de poursuivre la lignée.

Un rôle en évolution permanente

Le rôle de grands parents évolue avec l’âge de l’enfant, l’évolution de la vie familiale. Construire une relation gratifiante avec un nourrisson suppose la mobilisation d’autres ressources qu’avec un enfant de 8 ans, un adolescent de 15 ans ou un jeune adulte de 20 ans. Chaque étape de la trajectoire de la jeune génération appelle donc des « compétences grand-parentales » bien spécifiques, qui supposent la mobilisation à bon escient des différentes ressources dont le grand-parent dispose. Mais ces relations engendrent également une transmission dans l’autre sens. Les plus jeunes ont également beaucoup à apporter aux grands-parents. 

L’art d’être grands parents nécessite d’entreprendre des adaptations, des réaménagements voire des concessions pour garder la relation avec les petits enfants selon les âges.

Faire confiance : témoignage de Julie G, maman de Nina 1 an et demi

« Quand Nina est née, elle était et sera toujours la première petite fille de toute la famille. Mes parents habitent la même commune que nous, et mes beaux parents habitent à 10 kilomètres dans la commune où Nina est en Mam (maison d’assistantes maternelles). Mon beaux père est à la retraite, mais sa femme et mes parents travaillent toujours ».

« Chez mes beaux-parents, c’est une famille plutôt traditionnelle avec des valeurs assez classiques « le sens du travail, de la famille » qui sont généreux et serviables avec tout le monde. Alors, on les sollicite beaucoup, on sait qu’il ne savent pas dire non. Pour nous, c’est un peu une solution de facilité, donc si on ne rentre pas à l’heure pour l’assistante maternelle , on sait que papy sera toujours disponible pour aller chercher Nina. Donc ils vont la chercher au moins une ou deux fois par semaine, et souvent il la garde le vendredi. Sur l’aspect éducatif, ils ne sont pas toujours d’accord avec notre manière d’éduquer notre fille, il donnent facilement leur avis « il ne faut pas manger avec les mains, c’est sale ! ». On n’a un peu de mal à faire entendre notre avis mais on leur fait confiance. Ils ne racontent jamais ce qu’ils font avec leur petite-fille, ça aussi c’est un peu énervant mais Nina est toujours super heureuse chez son papy et sa mamie. Sa mamie est plus dans le contrôle et la surveillance, le papy plutôt d’un naturel silencieux est très complice avec sa petite fille, il l’emmène au jardin ».

« Chez mes parents, ma mère et mon beau-père (mon père est décédé) c’est différent. Ce sont des gens très actifs : le travail, l’engagement dans la commune, les loisirs, les week-ends, les voyages… On va dire qu’ils savent prendre du temps ensemble ou individuellement. Ils sont gagas de leur petite fille mais pour eux, la garder doit rester un plaisir et pas une contrainte. Donc avec ma mère, je ne vais pas dire « tu peux garder Nina vendredi mais plutôt es-tu disponible vendredi pour garder Nina ? ». Ils lui font faire plein de choses, ils veulent lui faire vivre des moments, lui faire faire des découvertes ». 

« Côté éducation, que ce soit d’un côté ou de l’autre, avec mon conjoint on apprend à lâcher prise, à faire confiance. Nous savons que chez ses grands parents, elle est aimée et en sécurité. La forme d’accueil et la manière de s’en occuper est différente, mais ce sera bénéfique pour elle plus tard, ça l’aidera sûrement quand elle sera en capacité de faire ses propres choix et je trouve ça chouette ».

Des podcasts :

Qu’on les appelle mamie, grand-père, papé ou par leurs prénoms… les grands-parents sont une figure importante, souvent, dans la vie des enfants. Barbatruc met des mots sur cette relation précieuse. 50’ - mai 2022

Il existe plusieurs types de grands-parents : actifs, retraités, divorcés, remariés, célibataires… Les sur-investis et ceux qui entendent plutôt s’occuper de leur bien-être. 50’ - décembre 2022

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